Hebdomadaire d'information
 
Volume 40 - numéro 18 - 30 janvier 2006
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 Archives de Forum

Mieux vaut être stressé en après-midi!

Le taux de cortisol plus haut en matinée accroit l’effet négatif du stress sur la mémorisation

Françoise Maheu

Les études sur le comportement humain montrent que plusieurs éléments peuvent influencer l’effet du stress et des émotions sur la mémorisation: la génétique, la personnalité, l’expérience de vie ou encore l’outil de recherche utilisé. À ces facteurs, il faut ajouter le moment de la journée.

La recherche doctorale de Françoise Maheu, réalisée au Département de psychologie, a en effet montré que le stress n’a pas la même incidence sur la mémorisation d’évènements survenus le matin ou l’après-midi. La cause en serait le cortisol.

«Le cortisol est l’une des hormones du stress, signale Mme Maheu, présentement en stage postdoctoral aux National Institutes of Health à Washington. Sa production suit un rythme circadien bien défini: elle atteint un sommet entre 7 et 8 heures le matin et baisse en début d’après-midi.»

Contrairement à l’adrénaline, sécrétée uniquement en situation de stress ou au cours d’une activité physique, le cortisol est une source d’énergie musculaire et il fournit du glucose au cerveau. Son rythme circadien est indépendant des horaires de sommeil. «Il nous donne le choc nécessaire pour nous réveiller et nous aide à commencer la journée», précise la chercheuse.

La chute de cortisol en après-midi expliquerait en partie la somnolence qui suit souvent le diner.

Quatre groupes de sujets

On sait par ailleurs que les évènements à charge émotive sont mieux mémorisés que les évènements émotivement neutres, mais on connait mal les répercussions du stress et du cortisol sur ce phénomène. C’est ce qu’a voulu clarifier Françoise Maheu. «Mon objectif était double: vérifier si le stress influe sur la mémorisation de divers contenus et observer si cet effet varie selon le moment de la journée.»

La chercheuse a soumis deux groupes d’hommes de 18 à 33 ans à un exercice de stress psychologique: devant les membres d’un jury, les sujets devaient vanter oralement leurs qualités et compétences pour un poste, exercice suivi d’une épreuve de mathématiques rapides.

«Même si la situation est fictive, l’effet stressant de ce type de tâche est déjà validé et entraine une hausse du rythme cardiaque et une augmentation de la sudation», indique Mme Maheu. Dans son expérience, le niveau de stress a été mesuré avant et après l’épreuve grâce au taux de cortisol dans la salive.

Après l’épreuve, on a présenté aux sujets une histoire illustrée où une jeune fille faisant du bricolage avec son père se termine par une scène d’amputation accidentelle. L’un des groupes a été soumis à l’expérience en matinée, lorsque le taux de cortisol est à son maximum, et le second en après-midi, alors que ce taux est substantiellement plus bas.

La scène de bricolage a aussi été présentée à deux autres groupes de sujets, en matinée et en après-midi, mais sans qu’ils aient été soumis à l’épreuve stressante. Une semaine plus tard, on demandait aux participants de chaque groupe de raconter ce qu’ils avaient retenu de l’histoire.

Stress du matin

Dans les quatre groupes, les éléments neutres de l’histoire, c’est-à-dire les faits survenus avant l’accident, ont été moins bien mémorisés que les éléments à charge émotive entourant l’accident, ce qui est normal, souligne la chercheuse.

Mais l’étude a aussi démontré que le groupe ayant été soumis à l’épreuve stressante en avant-midi avait retenu près de 30% moins d’éléments émotifs que le groupe non soumis au stress. Cette différence n’a pas été observée entre les deux groupes de l’après-midi; les sujets soumis et non soumis au stress ont retenu les éléments émotifs de l’histoire dans des proportions semblables.

«Des situations stressantes en matinée nuisent donc à notre mémoire émotive, conclut Françoise Maheu. C’est probablement parce que le cortisol produit par ce stress engendre une surstimulation du système déjà engorgé par le haut taux de cortisol du matin. La saturation des récepteurs de cette hormone peut conduire à une diminution de l’activité des lobes frontaux, de l’amygdale et de l’hippocampe, d’où le nombre plus faible d’éléments émotifs retenus. Le stress en après-midi ne produit pas cet effet parce que le niveau de cortisol est déjà bas.»

Selon Françoise Maheu, cette recherche montre qu’il faut tenir compte du moment de la journée où une épreuve portant sur le stress et la mémorisation est donnée puisque le cycle circadien du cortisol modifie cette habileté. La nature des éléments à mémoriser, soit neutres ou chargés émotivement, doit aussi être prise en considération.

Autrement dit, mieux vaut être stressé en après-midi qu’en matinée, une vérité que tout employeur devrait considérer!

Daniel Baril

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