Hebdomadaire d'information
 
Volume 41 - numÉro 1 - 28 août 2006
 Sommaire de ce numéro
 Archives de Forum

La musique pourrait atténuer la douleur chez le prématuré

La douleur est un problème majeur en néonatologie, signale Isabelle Tremblay

Certains nouveau-nés prématurés subissent un nombre considérable d’interventions dans leur première semaine de vie.

On a cru longtemps que les nouveau-nés prématurés ne ressentaient pas la douleur parce que le développement de leur système nerveux n’est pas achevé. «Au contraire, les prématurés qui naissent à 24 semaines de gestation ou plus sont très sensibles à la douleur», affirme Isabelle Tremblay.

Les travaux les plus récents sur le sujet montrent que, à partir de cette étape du développement, les structures neuroanatomiques nécessaires à la perception de la douleur et allant des récepteurs périphériques jusqu’au cerveau sont en place et fonctionnelles. Toutefois, le système de modulation de la douleur, reliant le cerveau, la moelle épinière et les membres, n’est pas fonctionnel avant la fin de la grossesse.

«Cela veut dire que le prématuré peut ressentir la douleur sans pouvoir réagir adéquatement pour atténuer sa souffrance», indique Mme Tremblay, étudiante au doctorat au Département de psychologie.

Un problème majeur

Des chercheurs américains qui ont observé 54 bébés nés entre 23 et 42 semaines de grossesse ont dénombré un total de 3000 actes douloureux dans la première semaine de vie de ces bébés: prélèvements sanguins, cathéters intraveineux, succions endotrachéales pour ne nommer que les plus fréquents. Plus les nouveau-nés étaient prématurés, plus le nombre d’interventions douloureuses était élevé.

«La douleur est un problème majeur en néonatologie, remarque Isabelle Tremblay. Les simples manipulations pour les changements de couches et la stimulation lumineuse excessive peuvent devenir des facteurs de stress. L’organisme soumis à des stimulus stressants ou douloureux consomme beaucoup d’énergie qu’il consacre à la récupération; par conséquent, le prématuré qui vit ces situations a moins d’énergie pour grandir et se développer.»

À première vue, la douleur ressentie par un nouveau-né prématuré peut sembler évidente, les signes étant les mêmes que chez toute autre personne: serrement des yeux, froncement des sourcils et froncement nasolabial. Mais selon la chercheuse, pour mener à des conclusions, ces observations doivent être complétées par des mesures du rythme cardiaque et de la saturation en oxygène.

Une chanson douce…

À l’heure actuelle, les seuls moyens utilisés pour atténuer la douleur aigüe chez les prématurés sont les sucettes, l’administration de sucrose et la méthode kangourou, qui consiste à placer le bébé sur la poitrine de la mère. Isabelle Tremblay croit pour sa part que la musique et les berceuses pourraient réduire la douleur chez ces bébés.

L’idée s’appuie sur des travaux qui ont déjà montré que la musicothérapie et les berceuses ont des effets bénéfiques sur le développement global du prématuré. On noterait entre autres une amélioration de la stabilité des cycles éveil-sommeil, un gain de poids, une baisse du stress et du nombre de jours d’hospitalisation. Musique et berceuses favoriseraient en outre la consommation d’oxygène et la régulation du rythme cardiaque.

«Chez les adultes, il est reconnu que la musique soulage la douleur liée à des chirurgies de toutes sortes, à l’accouchement et aux cancers», ajoute l’étudiante.

Isabelle Tremblay

Cet effet particulier n’a toutefois jamais été mesuré chez le prématuré et Isabelle Tremblay vient d’entreprendre la première étude nord-américaine sur le sujet.

Selon son hypothèse, les bébés à qui l’on fait entendre une berceuse pendant une vingtaine de minutes, soit avant, pendant et après un prélèvement sanguin, devraient ressentir moins de douleur, présenter une meilleure stabilité physiologique et récupérer plus rapidement que ceux du groupe témoin. La récupération peut s’évaluer par un retour plus rapide aux rythmes cardiaque et respiratoire normaux. Les interventions sont également filmées, ce qui permettra aux chercheurs d’évaluer les signes faciaux de la douleur.

Pourquoi recourir à des berceuses plutôt qu’à une simple mélodie? «Dans toutes les cultures, les mères chantent des berceuses à leur bébé et ces chansons ont un effet calmant, souligne l’étudiante. Les recherches ont démontré que les nouveau-nés préfèrent les berceuses aux chansons plus ludiques. Les berceuses facilitent l’endormissement et cette influence a été attribuée au tempo lent, à la structure répétitive, à l’intensité descendante et au caractère affectif de la chanson.»

Comme le nouveau-né est déjà en mesure de distinguer les tonalités propres à sa langue maternelle et que les sujets de l’expérience sont issus de différentes cultures, la chercheuse a choisi de recourir à une berceuse en russe afin de s’assurer que tous les bébés soient soumis aux mêmes conditions expérimentales. Sur le plan musical, les caractéristiques des berceuses sont semblables quelle que soit la culture.

Cette recherche est codirigée par Michael Sullivan, professeur au Département de psychologie de l’UdeM, et Celeste Johnston, de l’Université McGill.

Daniel Baril

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