Hebdomadaire d'information
 
Volume 41 - numÉro 15 - 11 DÉCEMBRE 2006
 Sommaire de ce numéro
 Archives de Forum

La dépression est un facteur de décrochage scolaire

Les travaux de Cintia Quiroga ont montré une différence intersexe inattendue

Cintia Quiroga

Aux nombreux facteurs connus susceptibles d’entrainer le décrochage scolaire, il faut maintenant en ajouter un nouveau: les sentiments dépressifs. C’est ce qu’ont permis de mesurer pour la première fois les travaux de Cintia Quiroga, doctorante au Département de psychologie.

«Jusqu’ici, les recherches sur le décrochage scolaire se sont surtout penchées sur les comportements extériorisés comme l’indiscipline, la délinquance ou la consommation de drogue, explique la chercheuse. C’est peut-être parce que ces comportements sont plus dérangeants qu’on s’y est d’abord intéressé et qu’on a délaissé les troubles intériorisés comme la dépression.»

Les chercheurs commencent à prendre en considération les effets de ces troubles intériorisés sur la réussite scolaire. Certaines études ont traité des liens entre la dépression, la motivation et le rendement scolaire, mais l’étude longitudinale de Cintia Quiroga est la première à avoir montré que la dépression est aussi un facteur de décrochage.

Un nouvel éclairage
Cintia Quiroga a suivi pendant 15 mois 139 adolescents âgés de 12 à 18 ans, issus de milieux défavorisés et présentant un haut risque de décrochage. Des mesures de l’état dépressif ont été prises à trois occasions.

Du nombre, 39 (soit 28 %) avaient décroché au terme de la période d’observation. Près de la moitié d’entre eux sont retournés aux études à un moment ou à un autre, mais ont décroché de nouveau par la suite. On considère comme un décrocheur tout élève qui s’absente de l’école sans motif pendant trois semaines consécutives.

Une fois retranché l’effet des facteurs socioéconomiques (revenus, scolarité des parents, retard scolaire, délinquance, etc.), la probabilité qu’un élève dépressif décroche est de 1,66 fois plus élevée que celle d’un élève non dépressif de même condition socioéconomique. Plus le sentiment dépressif est marqué, plus le facteur de risque de décrochage est grand: la probabilité de décrochage est de 33 % chez les garçons très dépressifs, mais seulement de 3 % chez les garçons où les sentiments dépressifs sont faibles.

«Il y a donc une incidence de la dépression sur le décrochage, conclut Cintia Quiroga. Il est même surprenant d’observer une telle influence après avoir éliminé des facteurs aussi puissants que le retard scolaire accumulé au primaire.»

Selon la chercheuse, cela apporte un nouvel éclairage dont il faudra tenir compte. «Pour contrer le décrochage, on ne devra pas avoir à l’œil seulement les élèves dont les comportements dérangent, mais aussi ceux qui vivent des troubles intériorisés», affirme-t-elle.

Ces résultats peuvent par ailleurs conduire à des interventions préventives; s’il est difficile pour les intervenants scolaires d’agir sur les facteurs socioéconomiques, il est plus facile d’intervenir auprès des élèves souffrant de symptômes dépressifs.

Différences entre garçons et filles
Contre toute attente, plus de filles que de garçons faisant partie de la cohorte observée ont décroché au cours de cette étude: 36 % des 60 filles du groupe ont quitté l’école, contre 21 % des 79 garçons.

«C’est surprenant et inhabituel», reconnait la chercheuse puisque les statistiques démontrent que plus de garçons que de filles abandonnent leurs études avant la fin du secondaire.

Encore plus étonnant, la dépression s’est avérée un facteur de risque plus important pour les garçons que pour les filles. C’est ce que l’on constate en comparant l’augmentation du facteur de risque selon l’aggravation de l’état dépressif: chez les filles peu dépressives, la probabilité de décrochage était déjà élevée, soit de 14 % par rapport à 3% chez les garçons. Mais la différence intersexe disparait chez les jeunes dont l’état dépressif est prononcé.

«La contribution de la dépression au décrochage est donc plus grande chez les garçons puisque sa présence augmente davantage la probabilité de décrocher», note Cintia Quiroga.
La chercheuse se serait plutôt attendue à l’inverse étant donné que la dépression est plus fréquente et plus intense chez les filles. À son avis, ces différences intersexes contre-intuitives pourraient être dues à un effet de l’échantillon et pourraient ne pas être reproductibles.

Cintia Quiroga poursuit ses travaux sur ce thème auprès d’un échantillon plus vaste et plus représentatif de l’ensemble de la clientèle scolaire. Ces recherches sont dirigées par Michel Janosz, professeur à l’École de psycho-éducation et directeur du Groupe de recherche sur les environnements scolaires. Les résultats des premiers travaux ont été publiés dans le numéro d’automne 2006 de la Revue de psychoéducation (vol. 35, no 2).

Daniel Baril

Ce site a été optimisé pour les fureteurs Microsoft Internet Explorer, version 6.0 et ultérieures, et Netscape, version 6.0 et ultérieures.