Hebdomadaire d'information
 
Volume 41 - numÉro 17 - 22 JANVIER 2007
 Sommaire de ce numéro
 Archives de Forum

Un peintre en bâtiment construit des écoles au Pérou

Yves Morin aide les pauvres de la cordillère des Andes

Yves Morin a eu la piqure pour le Pérou. Il compte y retourner, car «il y a beaucoup à faire».

Yves Morin a eu la piqure pour le Pérou. Il compte y retourner, car «il y a beaucoup à faire».

«Ce qu’on peut faire pour aider les gens, c’est une goutte d’eau dans l’océan, mais au moins je suis dans cette goutte.»

C’est ce que répond Yves Morin quand on lui demande pourquoi il a consacré l’année de son congé en traitement différé à la construction d’écoles et de maisons dans les bidonvilles du Pérou. Au cours des trois voyages qu’il a faits dans ce pays depuis 2004, il a passé plus de sept mois auprès des déshérités de la cordillère des Andes qui colonisent des terres rocailleuses avec les moyens du bord. «Nous sommes là pour aider les gens à avoir un peu plus de confort et des écoles pour les enfants.»

L’homme de 51 ans, qui est l’un des sept peintres en bâtiment de la Direction des immeubles, a découvert dans son action humanitaire une façon concrète de lutter contre la pauvreté. «On a parfois l’impression qu’on ne peut rien faire contre la misère humaine, dit-il. Ce n’est pas tout à fait vrai. Je crois que, dans ces situations-là, on donne le meilleur de soi-même.»

Par l’intermédiaire de la Fondation Cordillera, créée en 2004 par l’entrepreneur québécois Denis Dupuis, un vieil ami d’Yves Morin, les coopérants organisent des activités-bénéfice qui leur permettent de financer la construction de bâtiments dont la population a cruellement besoin. Une maison confortable, meublée, pourvue d’une chaudière à gaz mais sans eau ni électricité coute 2500 $ et une école environ 7000 $.

Ces dernières années, des élus et des entrepreneurs locaux péruviens ont appris à faire confiance aux bénévoles québécois, au point où Yves Morin a obtenu des dons du maire de la bourgade de Ricardo Palma. «Il m’a fait cadeau de 177 poches de ciment et 1000 briques. Pas mal pour un homme qui ne parle pas couramment l’espagnol...»

Des gens de la Fondation ont également sollicité des représentants de diverses entreprises québécoises implantées à Lima. Parmi ceux-ci, l’Abitibien Marc Poisson, de la société Bradley MDH. «Les gens veulent donner, reprend Yves Morin. Ce qui les dérange souvent, c’est la corruption. Mais, avec nous, ils voient bien que c’est autre chose.»

Un parachutiste au Pérou
Comme on peut le lire sur le site de Yves Morin (yvesmorin.org), le Pérou est un pays très pauvre. Plus du quart des logements urbains et 90 % des habitations rurales n’ont pas l’eau courante. De plus, 80 % de la population vit dans la pauvreté, souffre de la faim et de malnutrition. «Les effets dévastateurs de cette triste réalité se font durement sentir puisque le taux de mortalité infantile de 80 ‰ est l’un des plus élevés d’Amérique du Sud. Au Pérou, 1 enfant sur 10 n’atteindra jamais l’âge de cinq ans.»

Yves Morin a construit une école dans le village de Nueve Octobre, à une quarantaine de minutes de Lima.

Yves Morin a construit une école dans le village de Nueve Octobre, à une quarantaine de minutes de Lima.

Yves Morin a eu un choc lorsqu’il a été confronté à cette situation. «On est témoins d’histoires d’horreur», commente-t-il en montrant la photo d’une fillette aux chevilles et aux bras attachés, Rosmery, âgée de 12 ans. Après trois ans de prison pour l’assassinat de son ancien conjoint, sa mère a été battue et violée par les frères de la victime. Rosmery est née du viol. Elle souffre de lourds handicaps mentaux et n’a pas accès aux médicaments qui pourraient la soulager.

Le premier voyage au Pérou du coopérant remonte à 2004. Il accompagnait alors Denis Dupuis. «Je suis allé donner un coup de main pour peindre une école dans la cordillère blanche. J’ai beaucoup apprécié mon séjour et je me suis joint à la Fondation à mon retour.»

À son deuxième voyage de plus de quatre mois, en 2005, il a même initié sa fille Sophie, 20 ans, à la coopération internationale. L’étudiante en santé animale dit avoir vécu au cours de son séjour de trois semaines une expérience humanitaire incomparable.

Yves Morin ne sait pas exactement ce qui l’attire dans cette aventure. Cet ancien parachutiste qui a exécuté 2800 sauts en 16 ans sait en tout cas qu’il a ressenti la même exaltation lorsqu’il a atterri pour la première fois à Lima, une ville de 18 millions d’habitants. «C’était comme de sauter d’un avion la nuit», relate-t-il.

Muchas gracias, UDM
En vue de son plus récent voyage, qui s’est terminé le 28 décembre, Yves Morin a demandé une contribution à ses collègues du Syndicat des employés-es de soutien, section 1186. Dans l’enveloppe qui a circulé, on a recueilli 250 $. Cette somme a suffi à payer un souper de Noël à 22 orphelines de Chosica. Chacune a également reçu une montre en cadeau. Le repas s’est déroulé le 23 décembre dernier. Sur la photo qu’il a ramenée de cette soirée, on peut voir à l’arrière de la salle à manger un panneau où il est écrit à la main, en grosses lettres: «Muchas gracias, UDM 1186.»

Au-delà du pittoresque, la misère est une compagne de tous les jours.

Au-delà du pittoresque, la misère est une compagne de tous les jours.

Ce n’était pas la première participation des employés de l’Université de Montréal à la cause. L’an dernier et l’année précédente, des collectes similaires avaient permis de soulager quelque peu la misère des Péruviens. «Je tiens à remercier chaque donateur de l’Université, déclare Yves Morin. Je profite de l’occasion pour dire que j’aimerais bien que cette collecte devienne une activité annuelle.»

Le prochain voyage de M. Morin est prévu pour décembre 2007. «J’ai une école à aller construire», annonce-t-il.

Mathieu-Robert Sauvé

Ce site a été optimisé pour les fureteurs Microsoft Internet Explorer, version 6.0 et ultérieures, et Netscape, version 6.0 et ultérieures.