Hebdomadaire d'information
 
Volume 41 - numÉro 29 - 7 mai 2007
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 Archives de Forum

Pierre Rainville fait souffrir des sujets de recherche depuis sept ans

Les neurosciences cognitives sont une spécialité du centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal

Pierre Rainville

Regarder une personne souffrante active les mêmes circuits neuronaux dans le cerveau que lorsqu’on souffre soi-même. «Sur les images de l’appareil d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, c’est très clair, indique le chercheur en neuropsychologie Pierre Rainville, qui prépare un article sur le sujet avec un de ses étudiants. Nous avons démontré que la douleur des autres nous renvoie à notre propre douleur.»

Avec Louis-Philippe Mailhot, étudiant au Département de psychologie, il a demandé à huit acteurs de tourner 32 courtes séquences exprimant quatre niveaux de douleur, de faible à extrême, qu’il a projetées à 24 sujets de recherche âgés de 20 à 30 ans. En observant l’activité cérébrale de ces derniers, il a pu en quelque sorte observer leur altruisme.

Voilà une des études que ce chercheur rattaché à la Faculté de médecine dentaire mène depuis sept ans au pavillon Paul-G.-Desmarais et à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. Il en a fait un bilan à la journée scientifique marquant le 25e anniversaire du centre de recherche de l’Institut, le 20 avril. En partant d’une gravure de Thomas Rowlandson datée de 1785 qui représente une amputation à froid, le chercheur a prononcé une conférence sur la communication de la douleur. Il s’est concentré sur ses travaux de recherche en imagerie médicale.

«Nous disposons ici d’un appareil qui n’a rien à envier à ceux que possèdent les plus grands centres américains», a signalé ce spécialiste de la neuropsychologie de la douleur. La seule différence, c’est que certains centres de recherche à Boston en possèdent quatre ou cinq alors que Montréal n’en a qu’un, a-t-il ajouté sourire en coin.

Quoi qu’il en soit, Pierre Rainville a un accès suffisant aux équipements lorsqu’il doit analyser le système nerveux en activité. Il a notamment pu mesurer «objectivement» la douleur en examinant le réflexe de retrait. Quand ils reçoivent un choc électrique, les muscles des jambes réagissent en s’étirant ou en se contractant. Mise en rapport avec l’activité cérébrale, cette activité musculaire vient éclairer la perception de la douleur. «Il n’en demeure pas moins que la douleur est un phénomène subjectif, et le témoignage sur la douleur est la meilleure indication possible de son intensité.»

Candidats à la douleur
Au cours de sa présentation, Pierre Rainville a résumé une autre de ses recherches portant sur l’atténuation de la douleur par la «contrirritation». Concrètement, il voulait vérifier sur le plan physiologique s’il est vrai qu’une douleur en chasse une autre... «Oui, nous avons pu observer que les chocs électriques à répétition sont moins douloureux quand le sujet plonge sa main dans un bac d’eau froide.»

Main dans l'eau

Les chocs électriques à répétition sont moins douloureux quand le sujet plonge sa main dans un bac d’eau froide.

Ici, 20 sujets normaux ont reçu une quarantaine de décharges électriques sur une période de cinq minutes. Pendant deux minutes, ils ont immergé leur bras dans une eau glacée (à 6 °C) sans que les chocs s’arrêtent. L’imagerie révèle que les zones activées sont en effet déplacées lorsqu’un autre stimulus est ressenti. «Nous avons noté une atténuation de la douleur de l’ordre de 77 %», commente-t-il.

Évidemment, toute cette souffrance au Laboratoire de neuropsychologie de la douleur n’est pas infligée sans balises puisque les projets de Pierre Rainville et de son équipe doivent passer par le comité d’éthique de la recherche. «Ça se déroule très bien de ce côté-là», dit-il.

Et les sujets? «On n’en manque pas. Les étudiants sont nombreux à se porter volontaires.»

Il faut dire que les épreuves auxquelles sont soumis les participants ne sont pas très différentes de celles que subissent les gens dans la vie de tous les jours. «Nos expériences douloureuses ne laissent aucune marque sur les tissus, précise-t-il. Cela peut se comparer à la sensation de plonger sa main dans l’eau de vaisselle trop chaude pour aller chercher un ustensile. C’est désagréable mais de courte durée. Cinq minutes plus tard, vous n’y pensez plus.»

«À peine 25 ans»
Le centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal représente, selon son directeur, Yves Joanette, «l’une des plus importantes masses critiques de recherche interdisciplinaire sur la santé et le vieillissement tant au pays que sur la scène internationale», comme il l’a mentionné dans le communiqué intitulé «À peine 25 ans».

Actuellement, le centre de recherche regroupe 43 équipes totalisant plus de 300 chercheurs, étudiants et professionnels de recherche. Leur travail s’articule autour de quatre axes: les neurosciences cognitives et le vieillissement; les soins et services à la personne âgée et à la famille; la nutrition, le métabolisme et le vieillissement; et la relation personne-environnement. Comme Pierre Rainville, la plupart des chercheurs se consacrent à la recherche fondamentale. Mais leurs découvertes ont souvent de nombreuses applications du côté clinique.

À la rencontre scientifique du 20 avril, des chercheurs ont présenté les travaux de leurs équipes respectives. Sylvie Hébert a parlé d’acouphènes, Louise Demers des aides techniques à la mobilité, Francine Ducharme de soutien aux parents vieillissants, Louis Bherer de plasticité cognitive et d’activité physique, Marie-Jeanne Kergoat de nutrition et Yves Joanette de mécanismes adaptatifs au vieillissement.

Mathieu-Robert Sauvé

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