Édition du 25 novembre 2002 / volume 37, numéro 13
 
  Pour quelques flacons de neige
Bernard Voyer transporte de futurs ingénieurs sur le Toit du monde.

 

Bernard Voyer a conquis les deux pôles et les plus hauts sommets de chaque continent. Il a rapporté un flacon de neige de chaque endroit. 

«Rêver, se lever, agir.» C’est ce que Bernard Voyer a griffonné près de sa signature dans le livre d’or de l’École Polytechnique, peu avant d’y présenter une conférence devant quelque 200 étudiants et professeurs le 31 octobre dernier. Pendant une heure, l’explorateur a parlé de sa conquête des deux pôles et du Toit du monde en insistant sur ce dernier objectif, atteint en 1998, à sa deuxième tentative. Il a transporté la salle avec ses photos saisissantes de l’Everest, un sommet de plus de 8800 mètres qui présente des défis surhumains.

D’entrée de jeu, il a été gentiment cynique à l’égard des ingénieurs. «Parfois, j’avoue que vous me compliquez la vie », a-t-il lancé, sourire aux lèvres. Certains «patenteux» de sa connaissance n’ont de cesse, avant ses départs, de lui conseiller d’ajouter telle ou telle pièce d’équipement absolument essentielle à sa survie, faite d’un alliage titanium-magnésium hyperléger et archirésistant. «C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés en Antarctique à tirer 350 livres de choses qui ne pèsent rien…»

Du Rocher blanc à l’Everest

Le conférencier a évoqué son enfance, à Rimouski, quand il escaladait le Rocher blanc, près du fleuve. Un sommet qui culmine à une hauteur de huit mètres et où l’on sentait le vent glacé et la liberté. Là, il était heureux de constater qu’il était plus haut que les toits de son village. Cette émotion, il l’a ressentie aussi au sommet de l’Everest. Et les deux exploits sont de même nature… «Il faut rêver grand. Mais il faut aussi agir pour réaliser ses rêves. Une vie sans défis? Non merci.»

Quand il a touché le sommet de l’Everest, il a procédé à son rituel, qui consiste à remplir de neige un petit flacon (pour les souvenirs), et a tendu la main pour toucher au ciel. Il a aussi eu une pensée pour son père, de qui il se sentait très proche.

L’alpiniste parle avec émotion de ses voyages et n’hésite pas à parsemer ses propos de poésie. Présenté comme un témoin privilégié de la beauté et de la fragilité de notre terre, M. Voyer éprouve un grand respect pour la nature. Mais il n’a pas d’explications très savantes sur ce qui peut pousser un homme à conquérir un sommet qu’il redescend après 10 minutes, au prix parfois de sévères engelures. «La montagne fait vivre, pas mourir», a-t-il tenté de se raisonner lorsqu’il a entendu le cri de quatre alpinistes effectuant une chute fatale sur un autre versant de l’Everest, presque sous ses yeux. Et quand il a enjambé les corps parfaitement conservés de quelques-uns des 70 alpinistes décédés depuis les années 50…

L’exposé de Bernard Voyer ne pouvait que constituer une source d’inspiration au cours de cet entretien De Vinci. Lancé par le professeur Roger Blais, le profil De Vinci est un programme destiné à encourager les initiatives para-universitaires des étudiants. Il vise les «étudiants débrouillards qui veulent relever des défis personnels et qui accomplissent des réalisations d’envergure», indique le document de présentation.
Rêver, se lever, agir. Une maxime sur mesure pour les ingénieurs, a souligné le présentateur.

Mathieu-Robert Sauvé





 
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