Édition du 28 mars 2003
 
  Pour mieux définir la santé au travail
La santé du personnel est primordiale pour le succès de l'entreprise.

Santé psychologique au travail et performance organisationnelle sont-elles compatibles? On en doute quand on apprend qu'au cours des 10 dernières années les indemnités payées par la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) pour cause de burnout, dépression, anxiété et autres atteintes à la santé mentale ont augmenté de 500 %. Pendant la même période, les indemnités pour lésions physiques (maux de dos, tendinites et traumatismes) ont diminué de moitié. Ces chiffres sont rapportés par Québec Science, qui titrait «Comment le travail rend fou», dans sa livraison du mois de mars.

Parallèlement, ces dernières semaines, une étude de l'Université Laval révélait que le taux de détresse psychologique des Québécois atteint 43 %. En janvier, Towers Perrin, une grande firme de consultants en ressources humaines, affirmait, à la suite d'un sondage, que plus de la moitié des travailleurs nord-américains sont malheureux au travail. On ne compte plus les ouvrages et les articles de journaux et de revues parus récemment sur la santé et le stress au travail.

C'est dans la foulée que paraît aux Éditions nouvelles, sous la direction d'André Savoie et Luc Brunet, professeurs en psychologie du travail à l'Université de Montréal, et de Roland Foucher, professeur à l'UQAM, un ouvrage de 350 pages intitulé «Concilier performance organisationnelle et santé psychologique au travail». La trentaine d'universitaires qui y signent des articles, dont plusieurs sont de l'UdeM ou de HEC Montréal, ne semblent pas douter que cette conciliation soit possible. L'ouvrage présente des recensions d'écrits, des résultats de recherche, des études de cas et des essais visant une meilleure compréhension de la santé au travail et des mesures à prendre pour la préserver.

Déterminants de la santé
Mais qu'est-ce que la santé au travail justement? C'est à cette question qu'a tenté de répondre Marie Achille, professeure au Département de psychologie de l'UdeM. Dans un premier chapitre, Mme Achille établit les bases conceptuelles d'un modèle de la santé au travail qu'elle élabore dans un second article.

La chercheuse note que, depuis la Seconde Guerre mondiale, on s'est surtout penché sur la productivité et aux moyens de faire face au changement dans les organisations. Sans avoir été complètement ignorée, la santé en milieu de travail «a longtemps semblé représenter une préoccupation secondaire dans un monde où la productivité, le succès économique et la viabilité de l'entreprise ont eu préséance».

Et pourquoi s'y intéresse-t-on maintenant? Peut-être parce qu'on «réalise enfin l'importance primordiale de la santé pour la survie et le succès de l'entreprise» étant donné le coût parfois prohibitif pour cette dernière de la maladie et des accidents dus au travail. Mme Achille rappelle en outre que, dans un rapport paru en avril 2002, le National Institute of Occupational Safety and Health des États-Unis insistait sur la nécessité d'étudier l'impact sur la santé au travail de l'introduction de changements récents comme Internet, le cellulaire, le télétravail, le travail autonome et les nouvelles structures organisationnelles.

Dans ce premier chapitre, Marie Achille fait un survol de l'histoire du concept de santé au travail, décrit les grandes lignes de la recherche sur le stress organisationnel, relève les indicateurs de la santé mentionnés par plusieurs auteurs et effectue une recension des principaux modèles connus en matière de santé au travail. Ceci lui permet de constater qu'il n'y a pas de définition de la santé au travail qui fasse consensus.

Santé physique et mentale
Des écrits qu'elle a parcourus, la psychologue retient cependant que la santé doit être définie et comprise comme un concept à plusieurs dimensions, lesquelles sont à la fois physiques et mentales en raison de leurs interrelations. Elle ajoute qu'une définition de la santé doit faire état de «l'équilibre qui doit exister entre la personnalité et les besoins de l'individu et les exigences ou les particularités de son milieu de travail» ainsi que de «celui qui doit exister entre la vie au travail et la vie à l'extérieur du travail».

Dans un second chapitre, la psychologue présente un modèle théorique des indicateurs de la santé au travail, qui comprennent huit dimensions en lien aussi bien avec la santé physique qu'avec la santé mentale. «Plus nous serons systématiques, plus nous avons de chances de détecter les atteintes à la santé au travail parce que certains problèmes d'ordre mental se traduisent par des manifestations physiologiques chez certaines personnes, a-t-elle expliqué à Forum. En ne tenant compte que des risques pour la santé mentale, nous pourrions passer à côté de l'essentiel chez des hommes et des femmes qui intériorisent beaucoup le stress. Au lieu de faire une dépression, ces travailleurs développent des ulcères ou des douleurs chroniques par exemple.»

Dans son modèle, Mme Achille retient quatre dimensions pour la santé mentale : l'attitude ainsi que le fonctionnement cognitif et intellectuel; la motivation; les affects - positifs et négatifs (détresse et pathologies) - et la dimension sociale (conformité à la norme sociale du milieu de travail, capacité de collaboration, établissement et maintien de relations affectives). Du côté physique, elle retient les habitudes de vie favorables au maintien de la santé; les capacités physiques de répondre aux exigences de l'emploi, l'efficacité et la productivité; l'incidence de blessures et de maladies professionnelles; et enfin la fatigue physique et cérébrale.

Pour Marie Achille, toutes les dimensions sont importantes parce que chaque personne est différente. «Si quelqu'un tire beaucoup de satisfaction des relations interpersonnelles, il sera très affecté par un déséquilibre de la dimension sociale. En revanche, un solitaire, pour qui cette dimension est plus accessoire, sera beaucoup moins touché. L'arrimage entre le tempérament ainsi que les besoins de chacun et ce qu'offre le travail est important.» C'est pourquoi le modèle doit être en mesure de tenir compte de cette diversité.

En présentant ce modèle, Mme Achille espère susciter la réflexion et la critique sur les paramètres retenus avant d'en tirer un questionnaire qui permettra d'évaluer l'état de santé physique et mentale des travailleurs.

Françoise Lachance



 
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