Édition du 6 octobre 2003 / volume 38, numéro 7
 
  Infirmière: le niveau de scolarité réduit la mortalité
Mais l’augmentation de la charge de travail des infirmières aurait un impact négatif sur la sécurité des malades.

 

Sean Clarke

Dans les hôpitaux américains où les infirmières sont titulaires d’un baccalauréat, la mortalité est réduite. C’est ce qui ressort d’une étude à grande échelle menée dans l’État de Pennsylvanie par Sean Clarke, directeur adjoint du Center for Health Outcomes and Policy Research de l’Université de Pennsylvanie (UP) et professeur associé à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal.

M. Clarke a publié la semaine dernière, dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), un article qui pourrait avoir d’importantes répercussions. Cet article, écrit avec Linda H. Aiken, de l’UP également, révèle que la formation scolaire des infirmières a plus d’incidence sur la mortalité des patients que l’expérience. «Une augmentation de 10 % de la proportion d’infirmières titulaires d’un baccalauréat par hôpital est associée à une diminution de 5 % du taux de décès dans un délai de 30 jours chez les patients qui ont subi une chirurgie générale, orthopédique ou vasculaire», dit le chercheur d’origine franco-ontarienne.

Soulignons que les infirmières américaines reçoivent leur formation selon un des trois programmes suivants: le diplôme de trois ans décerné par les hôpitaux, celui délivré par les collèges (associate degree nursing programs in community colleges) et les programmes de baccalauréat de certains collèges et des universités.

Après avoir interrogé quelque 10 000 infirmières de 168 centres hospitaliers, les auteurs concluent qu’il existe un rapport statistique significatif entre le pourcentage d’infirmières munies d’un baccalauréat ou d’une maîtrise par hôpital et la réduction des risques de mortalité. Une scolarité plus élevée semble être associée à un meilleur jugement clinique.

Ces données pour le moins inquiétantes – moins de 43 % des infirmières américaines possèdent un baccalauréat – seraient en lien avec la qualité de l’environnement de travail, la dotation et la surcharge de travail des infirmières.

Burnout

Dans un autre article paru en octobre 2002 dans JAMA, M. Clarke et ses collaborateurs affirment, chiffres à l’appui, que l’augmentation de la charge de travail de l’infirmière est un facteur déterminant pour la sécurité des malades. «Chaque patient additionnel par infirmière est associé à une hausse de 7 % du risque de mortalité chirurgicale dans un délai de 30 jours suivant l’admission à l’hôpital», signale Sean Clarke.

Lorsque l’infirmière doit s’occuper de huit patients opérés, au lieu d’un ratio de quatre patients par infirmière, on constate un surplus de 5 décès par 1000 patients. Dans la majorité des centres hospitaliers de l’échantillon à l’étude, chaque infirmière avait la responsabilité de cinq ou six patients et, dans le quart des hôpitaux, d’au moins sept malades ou plus.

L’étude de M. Clarke, menée auprès de 232 342 personnes opérées, confirme le rôle prépondérant de l’infirmière dans la détection des risques de complications. «La surcharge de travail accroît le danger que les complications ne soient pas décelées à temps puisque l’infirmière exerce une moins grande surveillance, déplore M. Clarke. Depuis 1990, explique-t-il, le gouvernement fédéral américain a réduit le financement des hôpitaux. Les administrations hospitalières ont alors cherché à réduire les dépenses. Comme le salaire des infirmières représente la moitié du budget consacré aux ressources humaines, le ratio patients-infirmière a été augmenté.»

Tout cela, dans un contexte de pénurie de personnel infirmier. Résultat: la sécurité des malades n’est plus seule en jeu. La surcharge de travail conduit également au burnout des infirmières. Sur les quelque 10 000 personnes interrogées, 43 % affichaient un niveau élevé d’épuisement alors que 40 % déclaraient être insatisfaites de leur travail.

Selon M. Clarke, bien que notre système de santé soit différent de celui des Américains, tout porte à croire qu’on arriverait à des résultats similaires si une enquête comparable était réalisée au Québec. «Nos résultats démontrent la situation difficile dans laquelle sont plongées les infirmières. Il s’agit d’un problème à l’échelle internationale.»

Dominique Nancy



 
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