Édition du 18 octobre 2004 / volume 39, numéro 7
 
  «Il faut vacciner plus d'enfants africains!»
Gilles Bibeau mène un vaste projet de recherche-action au Burkina Faso

Au Burkina Faso, seulement 52 % des enfants de 12 à 24 mois ont été vaccinés contre au moins une des six maladies ciblées par les grandes campagnes de vaccination: tuberculose, polio, rougeole, coqueluche, tétanos et fièvre jaune. À peine 32 % des enfants ont reçu tous les vaccins. Un taux en baisse compte tenu des objectifs fixés par les autorités sanitaires pour 2004: 80 % pour le vaccin BCG et 91 % pour celui contre la fièvre jaune.

«Idéalement, l'objectif serait de vacciner 100 % des enfants, signale Gilles Bibeau, le responsable canadien d'une recherche-action qui vise à hausser le taux de succès des campagnes. Mais l'Afrique, c'est l'Afrique. Les problèmes sont nombreux. Le fait qu'environ un enfant sur deux naît à l'extérieur des hôpitaux, souvent loin dans la brousse, ne simplifie pas la tâche aux infirmiers et médecins sur place. Sans parler des problèmes d'acheminement du matériel.»

Au cours d'une de ses dernières visites dans la région de Nouna, l'africaniste a constaté que certains réfrigérateurs de dispensaires étaient trop désuets pour garantir la conservation des doses de vaccins, qui doivent être gardées à une température comprise entre zéro et quatre degrés Celsius. Quand on pense que certains villages sont délestés 12 heures par jour afin d'économiser les réserves d'énergie électrique, on mesure bien l'ampleur des difficultés. De plus, c'est souvent sur une mobylette que s'effectue le transport des vaccins.

Selon M. Bibeau, qui enseigne l'anthropologie médicale à l'Université de Montréal et qui voyage régulièrement en Afrique depuis trois décennies, ces problèmes ne sont pourtant pas insurmontables et un protocole pourrait être proposé dès l'année prochaine afin d'améliorer l'efficacité des programmes de prévention.

Son projet de recherche-action, qui vient d'obtenir un financement de 500 000 $ de différents organismes humanitaires, rassemble des chercheurs burkinabés et canadiens. Le Dr Florent Some, du Centre de recherche en santé de Nouna, est le responsable africain de l'étude, et les chercheurs sont Aboubakary Sanou et Bocar Kouyate. Bruce Tapiero, de l'Hôpital Sainte-Justine, est aussi engagé dans le projet.

Il est bien fini le temps où les anthropologues occidentaux s'opposaient aux campagnes de prévention dans des pays en développement sous prétexte qu'elles contaminaient la culture locale avec une médecine moderne. «La vaccination est une des découvertes les plus efficaces de l'épidémiologie pour diminuer la mortalité au sein d'une population, explique M. Bibeau. Les mères à qui l'on suggère la vaccination pour leurs enfants sont presque toutes consentantes. Malheureusement, en Afrique, plus de deux millions d'enfants meurent annuellement faute d'avoir été vaccinés.»

Mathieu-Robert Sauvé



 
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