Édition du 1er novembre 2004 / volume 39, numéro 9
 
  Alexandra n'a plus peur des orages
Une thérapie cognitivo-comportementale pour gérer le stress post-traumatique donne de bons résultats chez les enfants

Pour aider les enfants présentant des troubles de stress post-traumatique, Lyse Turgeon conduit les enfants sur le chemin de leurs souvenirs de manière qu'ils puissent les apprivoiser.

Appelons-la Alexandra. Par une nuit d'orage, alors que la fillette n'a que six ans, la foudre frappe un arbre devant la fenêtre de sa chambre et toute la maison est enveloppée par l'éclair lumineux accompagné d'un fracas assourdissant. Pendant que le tonnerre gronde encore, une odeur de fumée emplit la maison et les sirènes de pompiers se font rapidement entendre.

Pendant près de deux ans, Alexandra n'osera plus aller dormir dans sa chambre ni même à l'étage. Elle fait des cauchemars, revit la scène de façon récurrente et chaque orage, sirène ou odeur de fumée ravivent son souvenir traumatisant.

«Nos données révèlent qu'environ neuf pour cent des enfants âgés de 8 à 13 ans présentent des troubles de stress post-traumatique», affirme Lyse Turgeon, professeure à l'École de psychoéducation et chercheuse au Centre de recherche Fernand-Seguin. Les causes de ce stress post-traumatique, le TSPT pour les experts, sont variés: accident, scène de violence, agression, cataclysme, guerre, etc.

«Ce qui est traumatisant pour une personne ne le sera pas nécessairement pour une autre, précise la chercheuse. Tout dépend des conditions, du genre d'événement, de l'état psychologique de la victime au moment du drame, du soutien de ses proches, etc.»

Malgré le taux relativement élevé de TSPT chez les enfants, les psychologues, psychiatres et autres thérapeutes ne disposent que de très peu de moyens d'intervention auprès de cette clientèle particulière. Au Québec, la seule équipe à travailler sur la question est celle de Lyse Turgeon, dont font partie deux de ses étudiantes au doctorat, Caroline Berthiaume et Valérie Lafrance. Ces deux doctorantes ont procédé à une adaptation québécoise d'une méthode cognitivo-comportementale mise au point par des chercheurs américains, australiens et britanniques et qui donne de très bons résultats.

«Les enfants courent de deux à trois fois plus de risques de souffrir de TSPT que les adultes parce qu'ils ne possèdent pas les capacités intellectuelles pour comprendre ce qui leur arrive et pour donner un sens à l'événement, indique Caroline Berthiaume. C'est pourquoi il faut une méthode d'intervention qui leur soit adaptée.»

Exposition aux événements

La méthode mise sur la désensibilisation à l'égard de l'épisode traumatisant. Dans un premier temps, on montre à l'enfant des techniques de relaxation, de détente et de respiration profonde afin de libérer la tension musculaire. Puis on l'amène à faire face aux pensées traumatisantes liées à l'événement.

L'enfant est ensuite exposé de façon graduelle à l'événement lui-même, qu'il doit raconter au présent. «L'exposition à l'épisode stressant se fait de façon non bouleversante et nous évitons les niveaux de tension trop élevés, sinon on demande à l'enfant de recourir aux moyens de relaxation appris», explique Valérie Lafrance.

Pour aider l'enfant à visualiser et à matérialiser ses propres moyens de contrôle, Mme Lafrance a conçu un «coffre à outils» à l'aide de photos qui illustrent en images et en mots les divers recours lui permettant de se sentir mieux (relaxation, réflexion, noms des parents, thérapeute, etc.).

Pendant sa narration, l'enfant est enregistré. Plus tard, on lui fait entendre son récit afin qu'il s'habitue à la charge émotive que l'événement suscite en lui et qu'il puisse être capable de parler posément du drame vécu.

«La méthode conduit peu à peu l'enfant à affronter ses souvenirs plutôt que de chercher à les lui faire oublier, ajoute Valérie Lafrance. Les adultes ont souvent le réflexe de protéger l'enfant en lui disant de ne plus penser à l'épisode traumatisant, mais il faut plutôt le conduire à revivre le scénario, en contexte sécuritaire et contrôlé, pour qu'il arrive à comprendre ce qui s'est passé.»

La démarche dure de 12 à 18 semaines, à raison d'une rencontre d'une heure par semaine, suivie de deux autres rencontres trois mois et six mois plus tard.

On peut s'en sortir

Alexandra s'est soumise à cette thérapie un an et demi après l'épisode de l'arbre foudroyé. «Au début, son niveau de stress post-traumatique était considéré comme élevé. À la sixième rencontre, le niveau était modéré et, à la fin de la démarche, elle ne présentait plus aucun symptôme de TSPT», observe Caroline Berthiaume.

La fillette a pu retourner dormir dans sa chambre et ne craint plus les orages, même s'ils éclatent lorsqu'elle est en voilier avec ses parents.

Ces résultats préliminaires sont plus qu'encourageants pour les deux jeunes chercheuses qui doivent maintenant appliquer la méthode à d'autres enfants atteints de TSPT, dont une jeune fille qui a été témoin du meurtre de sa mère.

Les étudiantes visent à constituer deux groupes afin de pouvoir établir si la méthode peut être généralisée à l'ensemble des cas. Caroline Berthiaume recherche des cas de traumatismes liés à un événement unique, comme un accident ou une scène de violence, mais excluant les cas d'agression sexuelle, qui nécessitent un autre type d'intervention.

Valérie Lafrance recherche pour sa part des cas de TSPT parmi des réfugiés. Le TSPT peut provenir de diverses sources ou même être multifactoriel, mais il doit être en lien avec la situation de réfugié. Ces personnes doivent avoir déjà obtenu le statut de réfugié afin qu'elles ne soient pas sous la menace d'une expulsion éventuelle qui augmenterait leur niveau de stress.

Les enfants pouvant participer à cette recherche doivent être âgés de 8 à 13 ans, parler et lire le français (de même que leurs parents) et s'engager dans une série de 12 à 18 rencontres. La directrice de la recherche, Lyse Turgeon, peut être jointe au Centre de recherche Fernand-Seguin au (514) 251-4015, poste 2362.

Daniel Baril



 
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