Édition du 15 novembre 2004 / volume 39, numéro 11
 
  capsule science
La transgenèse se limite-t-elle à l'agriculture?

Le débat actuel autour des organismes génétiquement modifiés (OGM) se concentre essentiellement sur les plantes destinées à la consommation humaine, mais la transgenèse concerne tous les organismes vivants, de la bactérie à l'animal.

«Pour qu'un gène devienne "transgène", il doit passer d'une espèce à l'autre ou d'un individu à l'autre et être présent dans les cellules germinales, c'est-à-dire les ovules et les spermatozoïdes», explique Lawrence Smith, professeur à la Faculté de médecine vétérinaire. Les gènes, il les connaît. C'est lui le père technologique du célèbre Starbuck II, clone du supergéniteur Starbuck.

Le chercheur souligne quelques exploits récents de la biotechnologie: des animaux atteints d'une maladie du rein héréditaire qui sont guéris par la modification de certaines de leurs cellules; des souris qui peuvent manger de grandes quantités de gras et de sucre sans devenir diabétiques ni obèses; des porcs qui sont modifiés génétiquement pour produire des hormones comme l'insuline humaine ou des vaccins.

Dans le domaine agroalimentaire, la transgenèse permet de modifier les organismes en vue d'améliorer la productivité des espèces, en augmentant leur résistance aux maladies, aux virus ou aux insectes nuisibles. Des fraises peuvent ainsi tolérer le froid, des saumons croître à une vitesse phénoménale, des plants de maïs devenir résistants à certaines chenilles ou encore des pêches rester mûres plus longtemps sans pourrir.

Le professeur Smith estime que l'intérêt de la transgenèse pour l'avenir de l'agronomie et de la santé est immense. Des chercheurs proposent de mettre en culture des variétés de riz enrichies de vitamine A pour lutter contre des carences nutritives dans les pays en voie de développement, dit-il. Depuis des années, les diabétiques prennent de l'insuline humaine produite par des bactéries dont le génome a été modifié. «Diverses expériences sont réalisées avec des mammifères transgéniques pour leur faire produire du
lait contenant des protéines médicaments aujourd'hui difficiles à obtenir en grande quantité par les méthodes d'extraction classique.»

Les récentes avancées dans la mise au point des techniques de transgenèse nous montrent que le siècle transgénique est commencé. «C'est loin d'être de la science-fiction. Il est donc grand temps que nous en discutions afin de prévenir les dérapages», avertit ce spécialiste de la transgenèse animale. Les retouches génétiques soulèvent évidemment de nombreuses questions philosophiques, car elles dépassent le cadre habituel de l'évolution des espèces.

Par ailleurs, on peut craindre que les techniques ayant servi à créer des semences génétiquement modifiées soient maintenant utilisées pour concevoir des armes biologiques. D'où notamment l'opinion publique plutôt hostile à l'égard des OGM.

Le mot «transgenèse» ne figure toujours pas dans des ouvrages comme Le Petit Larousse illustré ni dans Le grand dictionnaire terminologique de l'OLF, qui définissent toutefois l'adjectif «transgénique». Lorsque les chercheurs pourront intervenir sur le patrimoine génétique humain lui-même, la transgenèse méritera sans doute autant d'attention que la Genèse!

Dominique Nancy



 
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