Édition du 6 décembre 2004 / volume 39, numéro 14
 
  capsule science
Grippe: le vaccin nous protège-t-il vraiment?

Le vaccin antigrippal nous protège-t-il vraiment? «Pas à 100 %, répond le pneumologue Richard Gauthier, de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont. L'efficacité du vaccin varie, techniquement, de 70 à 90 %. Cela signifie qu'un certain nombre de personnes vaccinées peuvent être atteintes par la grippe. Mais le virus sera beaucoup moins virulent dans leur cas.»

Depuis le 1er novembre, la campagne québécoise de vaccination contre la grippe bat son plein. Un réseau de 840 points de service distribue 430 000 doses de vaccin pour qu'un maximum de gens soient protégés au moment du grand festival annuel de l'échange de microbes de Noël et du jour de l'An. Car avec les poignées de main et les petits becs du temps des fêtes, ce sont des virus mortels qu'il faut éviter de propager.

Mortels? Oui, selon la Direction de santé publique de Montréal, la grippe et ses complications causent de 1300 à 1600 décès au Québec chaque année, dont plus de 90 % chez les 65 ans et plus. Le vaccin, élaboré à partir de la souche découverte en Asie dès le mois de février précédent, permet de limiter les dégâts. «C'est une des mesures épidémiologiques les plus efficaces connues en santé publique», commente le Dr Gauthier.

Celui-ci rappelle que chaque personne a un risque sur trois d'attraper la grippe au cours de l'année. Mais la grande majorité des personnes atteintes (plus de 75 %) ne souffrent d'aucun symptôme. Elles deviennent donc, sans le savoir, des vecteurs du virus. «Si je n'étais pas vacciné moi-même, fait remarquer le médecin, je pourrais transmettre le virus à plusieurs patients sans m'en rendre compte. C'est pourquoi nous insistons sur la vaccination en milieu hospitalier.»

L'an dernier, c'est la variante A/Fujian/411/2002 (H3N2) qui a le plus circulé au Québec comme ailleurs dans le monde. Cette année, trois souches ont été ciblées: A/New Caledonia/20/99 (H1N1), A/Wyoming/3/2003 et B/Jiangsu/10/2003. Pourquoi le vaccin est-il à mettre au point chaque année? «Le système immunitaire doit être informé de façon extrêmement précise contre l'ennemi à abattre, explique le Dr Gauthier. Sinon, le vaccin sera inefficace.»

Comme si vos anticorps étaient sur une autoroute pour surveiller une voiture parmi les milliers qui passent. Il ne serait pas suffisant de leur dire d'avoir à l'oeil la Volkswagen. «Ils ont besoin de connaître le modèle: une Jetta; la couleur de la carrosserie: rouge; la transmission: manuelle; l'année: 2004. En plus de leur avoir précisé le numéro de série.»

Coordonnée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la vaccination antigrippale ne s'est pas trompée de cible jusqu'à maintenant. Car il est théoriquement possible qu'un vaccin nous protège d'une souche qui a perdu de sa virulence, alors qu'une nouvelle se propageait. «On se croise les doigts pour que cela n'arrive pas.»

Si l'OMS obtient tant de succès dans sa lutte contre la propagation de la grippe, pourquoi la grippe aviaire pose-t-elle tant de problèmes? Rappelons que l'OMS diffusait le 25 novembre dernier un avis sur le virus H5N1 qui, selon le coordonnateur Klaus Stoehr, pourrait provoquer une pandémie semblable à celle de la grippe espagnole en 1908. «La planète retient son souffle», titraient les journaux.

Ce qui nous protège actuellement contre la dissémination de ce virus pathogène, c'est sa difficulté à passer de l'oiseau à l'être humain. Mais la grippe aviaire n'en fait pas moins l'objet de préoccupations importantes de santé publique, non seulement en Asie mais également au Canada. La circulation simultanée des virus de la grippe humaine et de la grippe aviaire peut créer un terrain propice à l'émergence d'un nouveau sous-type de virus grippal capable de se propager rapidement chez les humains, marquant ainsi le début d'une pandémie de grippe. Si un tel événement devait se produire, il y aurait des conséquences graves immédiates pour la population mondiale. Afin d'atténuer les risques de survenue d'une pandémie ou d'y faire face si elle se déclarait, les autorités sanitaires québécoises, canadiennes et internationales poursuivent leur travail de planification. «Il s'agit d'une situation à suivre en 2004-2005», affirme-t-on. Mais jusqu'à maintenant, moins d'une quarantaine de cas de grippe aviaire, tous confinés en Asie, ont été rapportés.

Avec le SRAS, le SARN, Clostridium difficile et la grippe aviaire, on peut dire que c'est une dure année pour les épidémiologistes.

Mathieu-Robert Sauvé



 
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