Édition du 14 mars 2005 / volume 39, numéro 24
 
  capsule science
Faut-il croire l’Indien de Làkota?

Faut-il croire l’Indien à plumes des publicités de Làkota qui nous annonce, au son du cri d’un huard, qu’un analgésique naturel à base de plantes soulage les douleurs aux articulations? «Encore faudrait-il comprendre ce qu’il dit», ironise Jean-Louis Brazier, professeur à la Faculté de pharmacie, qui a donné récemment aux Belles Soirées une conférence intitulée «Produits de santé naturels: de la publicité à l’information».

«Comme avec un grand nombre de suppléments dits naturels à base de plantes, il est très difficile pour le public de juger de la valeur d’un tel produit, explique le professeur Brazier. Cela peut fonctionner, oui, mais dans quelle mesure? Cela, on n’en sait rien.»

Appliquée avec un distributeur à bille ou ingérée sous forme de gélules, la solution Làkota contiendrait une vingtaine d’ingrédients, dont de la glucosamine et du collagène. Or, il est démontré que ces molécules ont de réelles propriétés anti-inflammatoires. Sans parler de l’effet placébo. Il est donc possible que des utilisateurs réguliers obtiennent une réduction de leurs douleurs articulaires. «Mais comme ce produit n’est pas reconnu comme un médicament, il n’a pas suivi le processus habituel d’approbation pharmaceutique, extrêmement exigeant. Nous n’avons donc pas accès à la démonstration scientifique de son efficacité», déplore le professeur Brazier.

Étant donné leur grande popularité, les produits naturels suscitent beaucoup de questions auxquelles le professeur Brazier cherche à répondre. Il a d’ailleurs créé il y a cinq ans un cours sur la phytothérapie offert à tous les étudiants du baccalauréat. Le 26 novembre dernier, quelque 150 étudiants de troisième année ont présenté des travaux de fin de trimestre réalisés à l’occasion de ce cours (voir Forum du 6 décembre 2004). On pouvait y voir le fruit de leur réflexion sur les prétentions pharmaceutiques de l’échinacée, de la valériane, de la glucosamine, du soja et bien d’autres.

«Nous n’avons pas le choix comme spécialistes de nous pencher sur de tels produits, car presque tous les médecins et les pharmaciens en officine sont confrontés quotidiennement à des patients intéressés par des thérapies alternatives.»

Il estime qu’il ne faut pas rejeter d’emblée ces approches, mais il insiste sur l’esprit critique. «Il ne faut surtout pas se fier aveuglément aux témoignages reproduits sur les sites Web de ces entreprises, prévient-il. Bien entendu, ils n’y mentionnent jamais les insuccès, les effets secondaires ou les interactions de leurs produits avec des médicaments ni les catastrophes qu’ils provoquent parfois.»

Le millepertuis, une plante médicinale bien connue, est employée couramment en Allemagne pour traiter la dépression légère. Mais l’état de santé des individus qui la consomment doit absolument être pris en considération, car les dangers sont réels. «Entre 2000 et 2003, on sait que 14 patients ont vécu un rejet de greffe à la suite de l’ingestion de millepertuis. C’est grave!»

Pour lui, la publicité de Làkota n’est qu’un exemple des dérapages dans le domaine des produits naturels. «On a parfois l’impression de se retrouver au 19e siècle, lorsque des charlatans annonçaient des produits miracles capables de guérir à la fois le cancer, le nanisme, la grippe et les éruptions cutanées.»

Mathieu-Robert Sauvé



 
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